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.. Tu ne seras jamais seule : Oran-Paris, lettres d'une femme libre

Couverture du livre Tu ne seras jamais seule : Oran-Paris, lettres d'une femme libre

Auteur : Karima Perin

Date de saisie : 17/02/2011

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Ed. du Toucan, Paris, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 9782810003440

GENCOD : 9782810003440

Sorti le : 09/02/2011

  • Les présentations des éditeurs : 11/03/2011

«Tu sais ma fille, après l'indépendance, il n'y avait plus de travail à Oran. Les Français étaient partis et l'économie avec. A l'époque, la France nous accueillait les bras ouverts. Je n'ai pas eu peur de tenter ma chance. Même si au début, c'est vrai que les bidonvilles n'étaient pas tout à fait ce que j'avais prévu pour nous.»

Une jeune femme d'aujourd'hui raconte la vie de sa mère, Linda, disparue bien trop tôt. Arrachée à cinq ans à son Algérie natale, elle connut la vie dure d'une immigrée dans la France des années soixante, la pauvreté, la solitude quand sa propre mère était déjà à l'usine et la volonté acharnée qu'il fallait à une «petite arabe» pour s'en sortir, pour apprendre. Elle y parvint pourtant mais elle eut encore à affronter de douloureuses souffrances; séparation, maladie et surtout la découverte de sa vraie identité.

Ce livre témoigne de la force de caractère exceptionnelle de ces femmes : elles ne furent jamais les épouses soumises qu'elles avaient connues «au pays» et réussirent à reconstruire leurs vies, toujours libres. Aujourd'hui, Karima en est sûre, elle entend sa mère lui chuchoter dans ses rêves : «tu ne seras jamais seule».

Karima Perrin a aujourd'hui 27 ans. Elle est journaliste indépendante et collabore régulièrement à plusieurs magazines féminins.


  • Les courts extraits de livres : 11/03/2011

1. PAR LA FIN, TOUT COMMENCE

22 février 2003
J'ai froid, j'ai chaud. J'ai peur. J'ai mal. Je suis là devant ce miroir, à même le sol, le crâne nu, les membres fragiles. Je nage dans ce pyjama pastel. Une image de bébé. Une image de souffrance. Mon reflet. Plus on vieillit, plus on régresse. Poussière tu es, poussière tu redeviendras. Je suis fatiguée, lasse. J'ai mal aux tripes. A quoi bon ? Pour quoi faire ? La lutte est trop dure, trop longue. Je retire les gants. J'ai perdu la partie. Je capitule. Fière dans l'arène, la tigresse tire sa révérence. Sans regrets, sans larmes. Rien de rien, je ne regrette rien. L'hymne à la vie... À la mort ? Je ne regrette pas le tourbillon de ma vie. Ma destinée palpitante, torturée, tourmentée, riche et belle. Elle me ressemble.
Mon reflet me trahit : mon regard est fatigué. Ma peau est sillonnée. Mon sourire est gris. Mes yeux embués se souviennent. Mon coeur se vide. Je lâche prise. C'était écrit comme ça. Le mektoub, comme disait Maman. Pour une fois, je lui donne raison et je déteste ça. Partir avant elle ? Sa silhouette cassée mais son oeil hargneux. Elle se bat, elle lutte. Je n'ai pas cette lueur. La fatalité me gagne, l'heure approche, je l'ignorais. Pas tout de suite, pas maintenant, pas si vite, je vous en supplie. Et ce reflet... cette image hideuse. Linda, «belle» en portugais, n'est plus. Où est passée la femme envoûtante ? La femme d'Orient à la peau qui brille, au regard franc, au rire facile. Je ne suis plus moi. Qui est cette inconnue ? Quel étranger est venu me transformer ? Et pourquoi moi ? Pourquoi ce mal m'a-t-il choisie, moi qui voulais écrire ma fin avec vue sur la mer ? Ce satané cancer, cette pourriture. Il ne me lâche pas, il m'aime trop et moi je le hais. Je le déteste de m'avoir ôté ma force. D'avoir moisi ma carapace. D'avoir gobé ma dignité. D'avoir pompé ma féminité. J'ai gravi bien des collines dans ma vie mais là, je l'admets, ce mont est inatteignable. Je n'y arrive plus. La côte est raide, abrupte, crevassée à la fois. J'ai peur de tomber, je marche à reculons, à petits pas. Je peux faire marche arrière ? Je n'y vois plus clair. J'avais pourtant juré qu'il n'y arriverait pas, qu'il n'aurait pas le dernier mot. Je l'avais juré ! Je ne veux pas partir, je ne veux pas m'enfuir, je ne veux pas perdre. C'est vrai, j'ai bluffé, mais je ne veux pas perdre. Quelle ironie, moi qui déteste les jeux de cartes, j'ai pourtant misé gros toute ma vie. Et ce reflet qui ne me lâche pas. Je suis laide, je suis mal, je ne suis plus moi-même devant ce miroir. Mes os me torturent, mes poumons me serrent, mes muscles me lâchent. Et ma tête... Je ferme les yeux.


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