J'erre comme un vampire cherchant ma nourriture dans la foule. Où trouver une chaleur à disposition, une chaleur de supermarché dont on peut profiter librement, sans avoir à communiquer, à séduire, à quémander, si ce n'est dans cette masse chaude qui ne soupçonne pas ses propres ressources, ignorante de la température qu'elle produit ? Ce geste anodin de laisser tomber son bras contre celui d'un autre. Je me recharge de la présence des chairs, absorbe à satiété, bois leur émanation sans laquelle je tomberai (...)
Vladimir Jankélévitch a marqué la philosophie française contemporaine par la richesse et la subtilité de sa réflexion. Son Traité des vertus, ses analyses de l'amour, de la mauvaise conscience, du mal, du pardon, du mensonge, de l'imprescriptible, de l'humour, de l'ironie, du pur et de l'impur, ont précédé sa magistrale synthèse finale, Le Paradoxe de la morale. Dans la lignée de Bergson dont il fut le disciple et le continuateur inspiré. Vladimir Jankélévitch s'est aussi singularisé par la fulgurance de sa (...)
Les filles de Justice, décidément, sont bien embarrassantes. Depuis deux siècles, elles ont été sans cesse transférées de prisons en quartiers correctionnels, de maisons pénitentiaires en écoles de préservation. Confinées derrière une clôture. Qui sont-elles ? Qu'ont-elles fait ? Des mineures qui, pour diverses raisons, sont passées devant un juge. Elles ne sont pas forcément délinquantes, mais elles seraient susceptibles de l'être ; elles ne sont pas forcément prostituées, mais elles seraient au bord de l' (...)
Jusqu'à ce jour, les reliques du Christ, de la Vierge et des saints ont été un objet de culte. Au Moyen Âge, elles étaient aussi un instrument de pouvoir. Parce que l'on croyait qu'elles assuraient par leur puissance miraculeuse la protection collective, les détenteurs de l'autorité publique les ont souvent utilisées pour augmenter leur prestige, voire asseoir leur légitimité.
À l'exemple de Byzance, empereurs, rois et princes sont régulièrement intervenus dans les translations et autres mises en valeur de (...)
Le mythe de l'Antéchrist n'a rien perdu de la fascination qu'il exerce avec l'écoulement du temps. Les mentalités ont certainement beaucoup changé. Très peu de gens, y compris parmi les chrétiens dits " pratiquants ", croient encore vraiment à l'apparition, vers la fin de l'histoire, d'un personnage mi-réel, mi-fabuleux, tel qu'il est décrit par la plupart des Pères de l'Église. Mais son image, retravaillée, revalorisée, mise à jour, continue de hanter les esprits, surtout dans les périodes troubles, dont l (...)