Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Adresse:
38650 VARCES
France
Site Internet : http://bibliotheque.varces.fr
Ces strips d'une page ont été publiés dans Charlie Hebdo. Le but ( ?) de Riad Sattouf : retranscrire fidèlement une scène vécue.
Alors bien sûr c'est tordant, on se moque, ah ces jeunes... qu'ils sont bêtes...
Et puis on referme ce livre, un peu épuisé par la somme (inégale quand même)- on réfléchit cinq minutes et c'est là qu'on se rend compte du malaise : Riad Sattouf a réussi une peinture saisissante et effrayante de notre société (et il ne s'agit pas que des jeunes !) De la violence, du mépris, de la bêtise crasse, un néant culturel...
Ce livre n'est finalement pas que drôle. C'est toute sa force et c'est là que se confirme le talent de cet auteur de plus en plus incontournable (lisez Les pauvres aventures de Jérémie). Il est un des rares à révéler aussi efficacement les tares et autres angoisses quotidiennes de notre joli monde qui ne va pas en s'arrangeant.
On connaît tous Gaston. Quand on parcourt les derniers volumes, il transparaît chez Franquin comme un poil de désespoir qui pointe, notamment dans les décors ou les personnages secondaires : un chien amoureux, un clochard imbibé, des agents de police pas trop biens dans leur peau ou encore les collègues qui clopent, qui clopent... Ça donnait une profondeur au côté rêveur de Gaston. Idées noires c'est pareil mais sans le côté "rêveur"... uniquement côté cauchemar.
Franquin avait une vision de notre monde et de notre société plutôt pessimiste. Il utilise alors l'humour pour dynamiter tout ça et ça fait très mal. Le dessin est exceptionnel, l'imagination sans bornes. Un classique, un chef d'oeuvre, une merveille. Indépassable et indémodable.
James Crumley nous a quittés en 2008. C'est l'occasion de (re)découvrir son premier roman : Le dernier baiser, première enquête de C.W. Sughrue.
Ce dernier va se laisser embarquer avec son compère d'infortune, aussi alcoolique que lui Trahearne et le bouledogue Fireball Roberts tout aussi porté sur la boisson, à la recherche de la fille de Rosie. Dans un contexte post-Vietnam, James Crumley fabrique un polar éthylique, sombre et désabusé. Devenu mythique.
On y croise tout ce qui nous attache aux polars US, avec cette poésie et ce désenchantement propre à Crumley, habillant ses personnages d'une humanité qui creuse encore plus profondément le fossé entre ceux-ci et la réalité. Aussi beau et fort que du Jim Harrison.
Lire aussi son dernier roman : Folie douce.
Sont regroupés dans ce volume les trois ouvrages Et le singe devint con, Le con se surpasse et Mais où s'arrêtera-t-il ? Attention : merveille. A l'heure où l'humour s'aseptise, se formate, cette réédition de Cavanna période Hara-Kiri (donc très bête et méchant !) est une overdose d'air pur. Jouvence ! !
Sous prétexte de revisiter à sa manière les balbutiements de l'humanité, Cavanna en profite pour dynamiter allègrement toutes nos petites habitudes, croyances voire superstitions qui feraient de nous l'animal le plus intelligent de la Création...
Et le singe devint con - tout est dans le titre ! Alors bien sûr c'est très très bête, mais sous des dehors très puérils, l'auteur nous en dit pas mal sur nous-mêmes. Peut-être que lire ces trois livres à la suite peut provoquer un peu de lassitude ? un conseil, donc : gardez-en donc sous le coude, et glissez-vous un bon petit Cavanna entre deux bouquins bien tristes comme on en lit beaucoup. Cela devrait être reconnu d'utilité publique !
Que l'on soit bien d'accord : ne s'y attaquer que si l'on a l'esprit large - pas la peine de se faire du mal non plus, car ces trois livres - décapent.
Brian Clough, bon joueur de foot anglais de deuxième division devient le manager de Derby County, équipe modeste, qu'il mènera aux sommets du championnat anglais. Grande gueule, meneur d'hommes sans concession, il va être recruté par Leeds United, équipe phare des années 70 mais réputée tricheuse, malhonnête. Il y arrive bardé de certitudes. Erreur. 44 jours : c'est le temps qu'il passera à la tête des ces stars du foot anglais - qui opposeront à ses méthodes une résistance plus ou moins active.
Le foot professionnel par David Peace, c'est noir. Et on imagine assez bien que ça ne doit pas être très très loin de la réalité. On vit les prémisses du football starisé, dont les enjeux dépassent le simple résultat. Les gens qui s'y côtoient sont souvent veules, intéressés, ça boit, ça clope à tout va - tout le monde complote contre tout le monde. Un bonheur. Au milieu de tous ces braves gens : Brian Clough, personnage entier, taureau dans l'arène.
Histoire vraie mais romancée. Par David Peace et c'est formidable. Cet auteur est incomparable, lisez : le Red riding quartet ou encore Tokyo année zéro. Monuments du roman noir.
Formidable surprise ! Evelio Rosero, avec ce roman (1ère traduction en français de cet auteur) nous plonge dans la Colombie des armées (titre sobre pour un roman qui ne l'est pas...), celle des guérilleros, celle des militaires, celle de la guerre civile... et au beau milieu : des villages tiraillés. Comme ici, celui d'Ismael.
Qu'est-ce qui fait la force de ce livre, précisément ? Le côté très humain des personnages et notamment du narrateur Ismael. Ce dernier pourrait être tout à ce conflit, focaliser sa haine, son énergie, celle qui lui reste afin de se battre. Non, Ismael est d'abord un homme de 70 ans, que son âge déprime, et qui ne manquera jamais l'occasion d'aller grimper sur son échelle pour cueillir des oranges... et accessoirement mater allègrement sa jolie voisine qui bronze totalement nue. Sous le regard compatissant du mari... et énervé de sa femme à lui.
Premier chapitre vaudeville ? Suprêmement érotique surtout ! Mais alors où va-t-on ? En enfer. Car tout va dérailler. La réalité va se faire une joie de tout casser, les espoirs, les jolies femmes, avec une vigueur que l'on pourra juger hors normes (le roman fait moins de 150 pages !)... mais qui ne doit finalement être que l'absurde quotidien de cette partie du monde où les êtres humains qui ne demandent qu'à admirer leur jolie voisine vont se retrouver en plein milieu de la bêtise et la haine des guérillas et des militaires.
Ismael va alors chercher sa femme disparue. Otage ? "Mais non lui dit-on, je viens juste de la croiser ! Elle te cherche aussi". Course poursuite contre l'absurde et l'horreur. Bravo. Vivement d'autres titres de cet auteur.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia