Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Adresse:
Place du Château Saint-Etienne
15000 AURILLAC
France
Téléphone : 04 71 48 86 36
Site Internet : http://mediatheque.caba.fr
Écrivain de l'absence, du deuil et des vies cabossées, Olivier Adam séduit les lecteurs sensibles à son écriture en équilibre sur les failles du doute et les vertiges de la fragilité.
Roman après roman, Olivier Adam sculpte une oeuvre reconnaissable à ses thèmes toujours puisés dans les marges et à un style d'une rare élégance et d'une puissante efficacité.
"Le Coeur régulier" bat au rythme d'une double dérive : celle de Nathan, le frère disparu, suicidé ( ?) qu'accompagnent les errements de sa soeur Sarah.
Saura-t-elle réinventer sa vie, trouver les ressources pour se relever ou se laisser tomber du haut de ces falaises où veille Natsume Dombari ?
Si vous n'avez le temps de lire que deux ou trois romans de cette rentrée littéraire, ne ratez pas "Le Coeur régulier". Son battement vous accompagnera longtemps, longtemps...
"Nous n'avons de la lumière que le reflet", phrase forte qui balise, dès les premières pages, le récit de Danielle Berthier, "Le Pardon", en lui offrant d'entrée le ton juste et un écrin à des sentiments universels, et ici vivement incarnés : drame personnel, douleurs de l'intime, de l'absence, et grandeur du pardon.
Dans les plis de ces pages d'une rare intensité s'affrontent des sentiments exacerbés par des références subtilement adossées au fatum antique : besoin de violence du père, nécessité de compréhension de la mère, présence du choeur attendant le dénouement, opposition entre l'obscurité de la "caverne" où se tapit celui par qui le malheur arrive et la lumière qui irradiait celui qui est parti.
Au bout de la nuit reste l'absence avec laquelle continueront de vivre toujours la narratrice et son entourage.
Au bout de la nuit filtre aussi la lumière du pardon, celle qui aide à percevoir, au bout de ses propres ténèbres, une lueur et un chemin sur lequel avancer n'est plus une impossibilité.
Il est des livres dont les premières pages sont des promesses qui ne peuvent qu'être tenues : "Le Pardon" rejoint ces récits denses et intenses écrits "à coeur ouvert".
Son battement vous accompagne longtemps, longtemps...
Pierre SEGHERS lui écrivait, en janvier 1979, "...il y a dans votre poème une vivacité, une réalité, quelque chose de déchirant et de déchiré qui me touche.
J'aime cette écriture de fouet et de vent..."
Nul doute que Pierre SEGHERS, poète et "maître en poésie" aujourd'hui disparu, aurait aimé partager les poèmes que Jean-Marie BERTHIER nous offre ces jours-ci dans un magnifique recueil.
Ouvrir "Attente très belle de mon attente" paru aux éditions MLD, c'est entrer en émotion, percevoir ces déchirures muettes dans lesquelles Jean-Marie BERTHIER puise une inspiration qui bouleverse le lecteur et le brûle par l'incandescence des sons et du sens.
Un recueil de poésie à l'intensité rare, écrit "à coeur ouvert", qui interpelle, éveille ou apaise mais qui ne peut pas laisser indifférent.
Du même auteur, deux autres recueils tout aussi "lumineux" : "Les mots du jour et de la nuit" (L'edelweiss, 2007) et "Les arbres de passage" (Fanlac, 2007)
Ce n'est ni à l'épaisseur ni au poids que se juge la qualité d'un bel ouvrage. Pour preuve la dernière parution de la jeune et exigeante maison d'édition bretonne basée à Saint Brieuc : MLD (Mérédith Le Dez).
"Partage de l'Île" de Jean-Pierre Spilmont, murmure, en cinquante pages et quatre récits, une mélodie couleur pastel à l'oreille du lecteur. Des variations où s'expriment la grâce d'une écriture et la cohérence d'un parcours, véritable carte du Tendre offerte au lecteur en partage.
Lecteurs, approchez vous et écoutez : "Après ? Après commence un autre désert, une autre vie, une autre histoire. Après commence le voyage. La lente remontée vers d'autres lieux, vers d'autres terres ou vers d'autres visages" (P. 16)
"Et nous serons semblables à ces rochers égarés dans la brume. Déchirés. Pesant du poids de leur attente. Surgis on ne sait d'où pour naître à la lumière de l'aube, à la tiédeur du jour, aux gerçures de la pluie d'hiver.
Atteindrons-nous jamais ces lieux que nous guettions à l'orée du voyage ?" (P. 19) Au fil de ses parutions, la jeune maison d'édition MLD tient ses promesses et assume pleinement son objectif de départ : "bâtir, dans la durée, un catalogue qui "se tienne".
Jean-Pierre Spilmont apporte, avec délicatesse et talent, sa pierre à un édifice où oeuvrent déjà Line Aressy, Jean-Marie Berthier, François Perche, Sophie Grenouilleau et autres ciseleurs de jolis mots.
Force est de constater qu'"aux âmes biens nées, la valeur n'attend pas le nombre des années" !
Qu'il est réconfortant de plonger simplement dans une histoire ! Une histoire, oui, faite de mystères, d'interrogations, de fausses pistes, de rêves, de réalité et déroulée avec talent.
Avec "Oeil", Line Aressy nous fait le cadeau d'ouvrir le champ des possibles et de l'imaginaire. Celui qui cherchera un roman léger passera son chemin. Celui qui au contraire reconnaît le talent à cette faculté de prendre à contre-pied, de s'engager dans un chemin pour mieux s'en écarter sera séduit.
Tout part d'un oeil de verre, de sa transmission et du mystère lié à ce "merveilleux colifichet". Rêve éveillé, réalité "hallucinée", folie suggérée, parcours initiatique étrange, secret de famille ? où est cachée la clé ?
Elle se dissimule sûrement dans la capacité si particulière de Line Aressy à entraîner le lecteur dans les failles où il accepte d'aller.
Line Aressy suggère, invite à l'aventure de l'étrange et fait don au lecteur d'une histoire parfaitement maîtrisée.
Un véritable tour de force pour un roman construit en équilibre et en finesse, baigné d'une atmosphère soyeuse un brin inquiétante.
Tels les tennismen ou les footballeurs talentueux, dans l'alchimie du don et du travail, l'auteur joue avec les lignes, à une touche de balle ; le lecteur est tout à la fois acteur et spectateur.
Après deux premiers ouvrages parus chez MLD, "Profil perdu», nouvelles (2007) et "Chat blanc, récit suspendu" (2008), Line Aressy confirme, avec ce premier roman, sa capacité à ciseler les mots avec élégance et maîtrise.
Attention talent !
Dernière parution des éditions MLD et nouveau bonheur de lecture avec "Triaise" de François Perche.
En une centaine de pages à l'écriture sensible et émouvante, François Perche nous accompagne dans la vie de recluse de Triaise, enfermée parmi les sarcophages d'un cimetière près de Poitiers vers 350.
Comme bien souvent chez les auteurs publiés par MLD, le lecteur possède sa propre clé pour entrer dans l'histoire.
Ne serait-ce pas cela une ligne éditoriale ?
François Perche offre quelques pistes, des interrogations qui peuvent suggérer au lecteur qu'il convient de se projeter au-delà des mots et de leur primitive évidence.
"Où se cache ce que l'on voudrait mettre en lumière ? A quoi bon voir clair dans cette histoire ? La vérité ? (P. 17) "Je continue d'inventer Triaise" (P. 51) Itinéraire éphémère d'une vie de recluse certes, questionnement sur la foi et ses dérives peut-être, mais aussi, en creux tout au long du récit, un hymne à la femme, sensible, puissant et dont l'écho vous poursuit longtemps après la dernière phrase.
Ne serions-nous pas tous des reclus, quelque part ?
Roman après roman, Arnaud Cathrine séduit le lecteur sensible aux failles de l'absence, de la perte et d'une part d'intime toujours dévoilée avec pudeur et talent.
Le ton était donné dès son premier roman : "Les Yeux secs". Depuis, Arnaud Cathrine façonne une oeuvre originale à la tonalité très personnelle et au style affirmé.
Dans "Le Journal intime de Benjamin Lorca", le lecteur retrouve avec bonheur cette écriture élégante et intimiste.
Un roman à plusieurs voix, à plusieurs tons, tout en nuance au service d'une intrigue véritable : que contient ce journal intime ? quelle part de vérité détiennent les quatre narrateurs ?
La réponse est quelque part dans les silences, dans les points de suspension ou dans les ellipses que chaque lecteur interprète à sa façon.
Un grand roman d'un jeune auteur parmi les plus doués et les plus originaux de sa génération.
Lire Ahmed Kalouaz, c'est s'offrir une respiration d'humanité, s'accorder une pause au fil de récits d'une rare intensité où s'étirent l'élégance d'un style et le parcours d'un homme de coeur.
"Les gens de peu", chers au sociologue Pierre Sansot, sont très présents dans les récits d'Ahmed Kalouaz : réfugiés, prisonniers, hommes et femmes cabossés par la vie retrouvent dans ses lignes une dignité qui leur est trop souvent refusée.
Ahmed Kalouaz lit aussi ses textes à voix haute. Comment alors rester insensible à la prose de cet auteur qui "sait encore offrir une poignée de main" à "cet homme qui, à l'hiver de sa vie, avait connu son dernier gel".
La plupart de ses récits sont publiés par une "petite maison d'édition" sans laquelle nombre de textes ne trouveraient pas de lecteurs : Le bruit des autres.
Animée par un passionné, Jean-Louis Escarfail, cette maison organise depuis quatre ans un salon de la rentrée littéraire buissonnière à Limoges (87).
Une occasion rare de sortir des sentiers battus et de rencontrer des auteurs et des éditeurs qui ont beaucoup à dire et à écrire.
Un conseil : entrer dans l'univers d'Ahmed Kalouaz en frappant à la porte de son récit le plus récent, "La Part de l'ange". Le besoin de découvrir sa bibliographie viendra ensuite naturellement.
Il est des livres dont les premières phrases sont des promesses qui ne pourront qu'être tenues.
"Rester debout n'est pas si compliqué, il suffit que la vie nous l'apprenne. Bien sûr on chancelle, parfois on tombe. Mais à se savoir attendu, on se relève, presque toujours".
"Nos bonheurs fragiles", de Laurent Fialaix, puisque c'est de ce récit, paru aux éditions Léo Scheer, dont il s'agit, commence par ces phrases fortes.
Perdu dans le flot de la rentrée littéraire, absent des journaux et magazines, ce récit est pourtant une "béquille" qui soutient par son humanité, sa force et son authenticité.
Volontairement, je ne souhaite rien dévoiler de l'histoire qui étaye le premier livre de Laurent Fialaix.
Je voudrais simplement inciter le lecteur à pousser la porte, l'inviter à se glisser dans ces pages d'une rare intensité.
Il en ressortira grandi, certainement meurtri mais conscient que l'homme révèle des ressources parfois insoupçonnées : celles qui aident à percevoir, au bout de sa nuit, un chemin sur lequel avancer n'est plus une impossibilité.
Inédit en France jusqu'à ces derniers mois, "Le Compagnon de voyage" de Curzio MALAPARTE est de ces récits qui se lisent d'une traite.
Paru en Italie il y a deux ans à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort de l'auteur, ce livre est en quelque sorte l'allégorie du parcours politique sinueux de MALAPARTE, passé du fascisme à l'extrême gauche.
Calusa, un soldat originaire du nord de l'Italie, perdu dans la débandade de 1943 en Calabre après la chute de Mussolini, a fait le serment de ramener la dépouille mortelle de son lieutenant dans l'aristocratique maison napolitaine de ce dernier.
Le lecteur assiste à la longue remontée de la Péninsule en ruines, marquée par la présence de figures dignes ou méprisables. Un portrait du peuple italien, abruti par la faim et la peur, corrompu par la défaite, capable des pires bassesses, mais aussi plein de générosité et de courage.
Pour ceux que l'Italie inspire, comment aussi ne pas conseiller les fabuleux romans de Dino BUZZATI, Léonardo SCIASCIA, Marcello FOIS et autre Mario RIGONI STERN, de magnifiques moments de lecture en perspective.
Je vous parlerai tout d'abord des éditions MLD (Mérédith Le DEZ), créées il y a deux ans et qui accueillent une dizaine de titres dans quatre collections (littérature, sciences sociales, poésie et philosophie).
Mérédith Le DEZ veut bâtir dans la durée, un catalogue "petit mais qui se tienne" en véritable artisan des lettres.
Line ARESSY, l'un des premiers auteurs publiés par MLD, cisèle avec élégance, pudeur et sensibilité des courts textes où des destins fragiles se croisent avec grâce.
Agréable impression de lire Line ARESSY comme on découvre des traces d'oiseaux en bordure d'océan, délicates, fugaces mais porteuse d'atmosphère et de sens.
Un véritable coup de coeur donc pour cette éditrice et cette romancière qui savent communiquer avec élégance et modestie leur passion commune pour une littérature de qualité qu'elles nous donnent à respirer.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia