Eric savait par coeur certaines annonces choisies, Célibataire quarante-quatre ans un mètre soixante-sept soixante-neuf kilos sans enfants chauffeur agriculteur cherche jeune femme aimant campagne voulant fonder un foyer heureux désirant enfants ; ou encore, Cherche compagne cinquante soixante-deux ans féminine (bien bustée) sans attaches pour vie alternée Paris campagne.
Paul, quarante-six ans, paysan à Fridières, Cantal, ne veut pas finir seul. Annette, trente-sept ans, vit à Bailleul dans le Nord avec (...)
«A Nevers, la deuxième fois, Annette et Paul avaient apporté des photos. Ils avaient eu l'idée le premier jour, en novembre. Ils ne savaient plus qui l'avait pensé et proposé d'abord. Ils avaient été du même avis ; ça aiderait pour raconter pour faire comprendre ; ils n'étaient pas seuls dans cette affaire, ils n'étaient pas neufs ; l'enfant la mère la soeur les oncles, on les imaginerait mieux, chacun de son côté, avant de les connaître en vrai.»
Paul, quarante-six ans, paysan à Fridières dans le Cantal, (...)
J'aimais l'intrusion parfois du monde lointain, un garçon et une fille qui venaient à moto de Paris dans une famille du hameau d'à côté, un jeune du village qui travaillait outre-mer et nous rendait visite tous les trois ans. Je m'asseyais à côté de mon père et j'écoutais de quoi les hommes étaient faits, loin de chez nous. C'était un fragment de l'au-delà, tandis qu'il n'était question, sur notre bout de route, que des voisins et de leurs chiens et chats, les chiens qui se faisaient écraser par les voiture (...)
" Les Santoire vivaient sur une île, ils étaient les derniers Indiens, la mère le disait chaque fois que l'on passait en voiture devant les panneaux d'information touristique du Parc régional des volcans d'Auvergne, on est les derniers Indiens.
" Les Santoire, le frère et la soeur, sont la quatrième génération. Ils ne se sont pas mariés, n'ont pas eu d'enfants. En face de chez eux, de l'autre côté de la route, prolifère la tribu des voisins qui ont le goût de devenir. Sentinelles muettes, les Santoire happ (...)
Il ne s'est pas allongé, il a posé son doigt tendu sur la peau nue entre le tissu rouge et le pantalon, et il a suivi la ligne, de chaque côté du nombril, le corps de Maria a bougé, elle a ouvert les bras, il a senti son odeur, il ne s'est pas penché, il l'a regardée, elle a fermé les yeux un moment, ses cheveux brillaient sur le bleu de l'écharpe, il a attendu et il a posé sa main droite sous le nombril de Maria, toute sa main longue, et il a appuyé un peu.
Marie-Hélène Lafon est l'auteur du Soir du chie (...)
Ils sont un, deux ou trois ; ils sont dans l'enfance, ou à peine sortis d'elle ; ils ont d'abord un corps, un corps qui sent, qui regarde, qui marche, qui s'est jeté dans le monde et contre lui. Ils sont seuls même à plusieurs, et ils inventent, ils jouent, et, ainsi se sauvent peut-être.
Marie-Hélène Lafon est l'auteur, entre autres ouvrages de Liturgie et Mo, parus aux mêmes éditions.