Tout au long de ce récit d'apparition et de dispariton un certain nombre d'indices annoncent et développent le thème de la confusion de la vie et du livre : de plus en plus, le héros-narrateur «passe» dans les mots, devient les mots eux-mêmes. D'ailleurs, la première phrase de Coda, l'exergue, est aussi la dernière du livre qui, de la sorte, se referme sur lui-même, s'engloutit en lui-même. Quant à l'écriture de Coda, conte fantastique, elle a la perfection de la transparence. Son rôle n'est pas de s'interp (...)
Lèvres fermées, mon sourire était seul visible dans l'obscurité de la pièce. Il l'aurait presque percée. A parler pour parler, ce qui était et ce qui n'était pas déjà se déformait selon les mots bredouilles, perdu dans le noir sans mélange, et la limite seule, déchirure brûlante de ce qui se répandrait ici et là, se laissait voir, blessure de naissance, éclair figé sans force d'être émis en chacun de ses points et de courbes capricieuses au moindre souffle qui l'aurait attisé, fente infinie enfin que la mor (...)
Une intrigue multiple (et pourtant une) consumée par un suspense de chaque phrase (de chaque mot) offre au lecteur en pâture et à foison de l'action («J'entendis alors une détonation sèche, pas très forte, et une petite parcelle de carrosserie vola en éclats tout près de ma tête : quelqu'un venait de me tirer dessus avec une arme à feu, j'en eus la certitude immédiate»), du mystère («Personne ne l'a approchée. Elle a disparu, elle était là et l'instant d'après elle n'était plus là. Croyez-moi, je vous dis c (...)
Ce qui se trouve, redit, dans l'ouvrage, si on l'ouvre, avec rage, de trous si nombreux qu'ils se touchent : interrogation d'une profondeur jamais atteinte, vacarme à peine audible né de la lutte entre insignifiant et insignifié - sans parler de ce qui se trouve, redit, dans le livre ainsi incis, héros, intrigues, voyages dans l'espace et dans le temps, amours, combats, naissances et morts.
Et c'est là-dedans qu'on se débat en riant aux éclats, quitte à n'en concevoir qu'une douleur pénétrante - sans parle (...)
Pratiquement à chaque fois qu'il écrit un roman, René Belletto éprouve ensuite le besoin d'une oeuvre plus secrète, plus celée en quelque sorte et toujours manifestement inscrite dans les profondeurs de la langue. C'est le cas de cet étrange ensemble de poèmes, 144 sizains, donc, qui racontent de strophe en strophe, à leur manière sophistiquée, drôle et angoissante à la fois, une histoire énigmatique dont on voit bien qu'elle entretient avec celui qui l'a écrite des rapports d'intimité intenses. Attiré, par (...)